Le mot de la présidente 22/08/2010

Ma rencontre avec l’Amérique latine, faite à l’adolescence, s’est plus tard enrichie de mon expérience dans l’enseignement de l’espagnol. Les voyages se sont répétés, en Amérique centrale les derniers années, pour à chaque fois en connaître un peu plus. Sans but précis, au gré des rencontres, des envies, des coups de cœur. Des voyages accompagnés de livres, en langue espagnole, que j’ai le plus souvent cherché à me procurer sur place. Et là, le constat désolé de l’absence du livre dans la vie quotidienne centre- américaine: les librairies sont rares. Si on en trouve dans les capitales, plus ou moins bien achalandées (surtout pourvues de traductions de best- sellers internationaux), elles sont inexistantes dans les petites villes. Il m’est plusieurs fois arrivé, après avoir lu un livre de publication récente, d’entrer dans une bibliothèque en faire don, et à chaque fois, le regard du bibliothécaire s’est illuminé. Parce que là, souvent, les rayons sont vides, ou les livres usés, les titres datés. La littérature latino-américaine est immense, mais les œuvres des auteurs ne touchent qu’un public minime, et il arrive que les élèves, les étudiants fassent leur scolarité sans tenir un livre dans leurs mains. Alors, à un moment, une rencontre s’est faite, au Nicaragua, d’où est née la possibilité d’agir: j’ai rencontré des Français très impliqués dans des projets de solidarité et de développement, qui m’ont mis en relation avec une association nicaraguayenne, ADCH, qui voulait ouvrir une bibliothèque à Chagüitillo, une petite ville dans le nord du pays, mais n’en avait pas les moyens.
C’est pourquoi, avec quelques personnes intéressées par mon projet, j’ai décidé de créer NICARALI, en France, ce pays où le livre a une grande place. Nous avons décidé de trouver des financements pour créer, aménager et faire fonctionner la bibliothèque de Chagüitillo en partenariat avec ADCH. Et je rêve que là-bas, loin de chez nous, un nicaraguayen, une nicaraguayenne, qui que ce soit et quel que soit son âge ou sa condition, puisse pousser la porte et entrer dans un endroit agréable, aux murs couverts de livres, toutes sortes de livres, qui lui donneront envie de s’instruire, de rêver aussi, et de découvrir le monde, et de l’imaginer.

Claudine Muller


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